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Mallarmé

 

Angoisse

 

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête

En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser

Dans tes cheveux impurs une triste tempête

Sous l'incurable ennui que verse mon baiser :

 

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes

Planant sous les rideaux inconnus du remords,

Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,

Toi qui sur le néant en sais plus que les morts :

 

Car le Vice, en rongeant ma native noblesse,

M'a comme toi marqué de sa stérilité,

Mais tandis que ton sein de pierre est habité

 

Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse,

Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,

Ayant peur de mourir lorsque couche seul.

 

 

Stéphane Mallarmé, Poésies, Paris, NRF, 1932

 

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