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    Transpserser l'écran. Lever le rideau. Briser la frontière entre le monde de la réalité et le monde de la fiction.

     


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  • Amante religieuse

     

    Roger Caillois, perdu dans le dédale labyrinthique de la revue Minotaure, explore le fonctionnement sexuel d'un insecte : la mante religieuse. Ce dictyoptère cannibale se dévore mutuellement après l'accouplement, la femelle fertilisée dévorant son mâle, et scellant ainsi la relation très forte entre l'acte sexuel et la mort. Le fonctionnement de l'insecte a fasciné l'entourage de Caillois et en particulier les fondateurs du Collège de Sociologie (Bataille, Leiris, Klossowski...). L'animal étant érigé comme élément détaillé paradigmatique d'une question existentialiste propre à l'Homme. La mante peu d'ailleurs être assimilée à l'amante dont les pratiques non religieuses, peuvent la conduire à se faire dévorer.

    André Masson, qui fut proche de Bataille et des revues Minotaure et Acéphale, traite dans la série des Massacres, cette question du rapport entre l'érotisme et la mort. Au coeur des Larmes d'Eros de Georges Bataille, ce couple est également présenté par Masson grâce à des dessins montrant des personnages féminins et masculins nus en train de s'entretuer et d'avoir des relations sexuelles. André Masson a par ailleurs représenté plusieurs fois des mantes religieuses en train se s'accoupler. Max Ernst travaille également la dimension sexuelle de l'insecte dans sa peinture les Sauterelles dont le motif principal oscille entre le végéal et l'animal. Les dessins de Masson se confondent d'ailleurs par le style avec les Constellations sadiques ou les hommages au divin Marquis proposées à la fin des années 1930. Sade, figure tutélaire des surréalistes fascina les principaux tenants du mouvement, et bénéficia en particulier du Portrait imaginaire imaginé par Man Ray dès 1938. Le portrait constitué de blocs de pierre, renvoyant à celles qu'il a constament connues lors de ses enfermements successifs, caractérisent l'esprit même de Sade. La Bastille, Lacoste, Vincennes... suffisent à caractériser les lieux d'écriture des manuscrits emblématiques que les surréalistes réinvestiront près de 130 ans après.

    On connait le rapport de Sade à la religion. Les mises en scène les plus sordides étant celles qui incluent des hommes d'Eglise. Les "amantes religieuses" des curés et évèques sont particulièrement pointées dans les ouvrages extraordinaires et uniques de DAF de Sade. Certaines pratiques purement bestiales, quasiment illisbles, tant elles sont insoutenables, se rapprochent de la cruauté apparente de la mante religieuse. Sade rapproche sans cesse les plaisirs extrêmes de la frontière entre la vie et la mort. C'est le tutoiement de la mort qui permet au plaisir d'être le plus intense. Mais les texte de Sade ne sont pas à prendre au premier degré. Leur porté sociale et politique est à valoriser, afin d'en libérer une approche plus intense. Le rouleau des 120 journées est un objet emblématique qui déorule un récit inventé dans l'enfermement de la bastille. Il fut reproduit dans la revue Documents de Bataille grâce à une photographie de Boiffard (en 1929). Mais son aura est toujours aussi vive aujourd'hui : offrant un flux continuel de pratiques insoutenables mais fixant les limites de l'homme, de son rapport à l'autre, et de son rapport à son corps.

    GP


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