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    Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Aubier, 1969

     

    Des contempteurs du corps

     

    J'ai un mot à dire à ceux qui méprisent le corps. Je ne leur demande par de changer d'avis ni de doctrine, mais de se défaire de leur propre corps - ce qui les rendra muets. "Je suis corps et âme" - ainsi parle l'enfant. Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

    Mais l'homme éveillé à la conscience et à la connaissance dit : "Je suis tout entier corps, et rien d'autre; l'âme est un mot qui désigne une partie du corps".

    Le corps est une grande raison, une multitude unanime, un état de paix et de guerre, un troupeau et son berger.

    C'est une grande raison que tu appelles ton esprit, ô mon frère, n'est qu'un instrument de ton corps, et un bien petit instrument de ton corps, un jouet de ta grande raison.

    Tu dis "moi", et tu es fier de ce mot. Mais il y a quelque chose de plus grand, à quoi tu refuses de croire, c'est ton corps et sa grande raison; il ne dit pas mot, mais il agit comme un Moi.

    Ce que pressent l'intelligence, ce que connaît l'esprit n'a jamais sa fin en soi. Mais l'intelligence et l'esprit voudraient te convaincre qu'ils sont la fin de toute chose; telle est leur fatuité. (...)


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    Vue de l'exposition Monory, "J'ai vécu une autre vie", Alex (74), Fondation Claudine et Jean-Marc Salomon, été 2004


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    Chanson Dada

     

    I

    la chanson d'un dadaïste
    qui avait dada au coeur
    fatiguait trop son moteur
    qui avait dada au coeur

    l'ascenseur portait un roi
    lourd fragile autonome
    il coupa son grand bras droit
    l'envoya au pape à rome

    c'est pourquoi
    l'ascenseur
    n'avait plus dada au coeur

    mangez du chocolat
    lavez votre cerveau
    dada
    dada
    buvez de l'eau

    II

    la chanson d'un dadaïste
    qui n'était ni gai ni triste
    et aimait une bicycliste
    qui n'était ni gaie ni triste
    mais l'époux le jour de l'an
    savait tout et dans une crise
    envoya au vatican
    leurs deux corps en trois valises

    ni amant
    ni cycliste
    n'étaient plus ni gais ni tristes

    mangez de bons cerveaux
    lavez votre soldat
    dada
    dada
    buvez de l'eau

    III

    la chanson d'un bicycliste
    qui était dada de coeur
    qui était donc dadaïste
    comme tous les dadas de coeur

    un serpent portait des gants
    il ferma vite la soupape
    mit des gants en peau d'serpent
    et vient embrasser le pape

    c'est touchant
    ventre en fleur
    n'avait plus dada au coeur

    buvez du lait d'oiseaux
    lavez vos chocolats
    dada
    dada
    mangez du veau

    Tristan Tzara (1923)


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    Instantané<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Il est à peine six heures moins cinq. Devant les grandes portes menant à la nef du Grand Palais, des dizaines de camions stationnent en pagaille et s'affairent à sortir des caisses de bois.

    « Donald Judd », « Paul Rebeyrolle », « Galerie Lelong », « Jacques Monory »... Les inscriptions peintes sur les caisses, encore vides, qui sont roulées vers l'ancienne salle de machines, aujourd'hui grande halle dédiée par intermittence à l'art contemporain et à de grandes manifestations populaires.

    Art Paris ferme ses portes. Les transporteurs se pressent pour décrocher, emballer et déplacer les œuvres, qui ont été présentées pendant quatre jours sur des cimaises précaires à un public trié sur le volet. Ils se battent presque. Echangent des mots, parfois violents. Les œuvres doivent être emmenées au plus vite. Retour à la galerie si elles n'ont pas trouvé preneur. Direction l'appartement d'un collectionneur fortuné du XVIe arrondissement, qui la remettra en vente aux enchères dans deux ans, pour les plus chanceuses...

    Les caisses s'entrechoquent, manquent de basculer des planches à roulettes.

    Prendre conscience. Que les objets transportés dans ces caisses sont des œuvres. Mais également des biens marchands. Des produits de consommation. Consommation « peu courante ».

    Délectation de l'œil | Délectation de l'esprit | Délectation du moi | Délectation de l'apparat | Déliquescence...<o:p> </o:p><o:p> </o:p> 

     

    GP | 7-04-08

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