•  

    Pierre de Massot, André Breton le septembriseur, Paris, Eric Losfeld, 1967

     

    Si Mallarmé fut le premier poëte qui l'influença - et nous ne laissons pas de supposer que l'auteur de la Prose

    pour des Esseintes n'a rien à ses yeux perdu de son prestige - les véritables intercesseurs d'André Breton dans

    l'enfer astral, ceux dont il n'a jamais cessé de louer le génie et de reconnaître le ténébreux empire, sont le

    marquis de Sade, Arthur Rimbaud, Isidore Ducasse, Alfred Jarry, Raymond Roussel, Gérard de Nerval et ce météore :

    Jacques Vaché.

    Il n'est donc pas surprenant que Breton ait tenu pour ses pairs, en cette confuse période qui s'étend  de 1919 à 1924,

    des hommes aussi divers (mais dont le sens révolutionnaire était sans égal) que Francis Picabia, Marcel Duchamp, Tristan

    Tzara, Max Ernst, Arp, sans oublier bien sûr  l'insolite et grand poëte Benjamin Péret, le cosmonaute du surréel.


    votre commentaire
  •  

    Erasme, Eloge de la Folie, Paris, Flammarion, 1964

     

    Ecartons les sages, qui taxent d'insanité et d'impertinence celui qui fait son propre éloge.

    Si c'est être fou, cela me convient à merveille. Quoi de mieux pour la Folie que de

    claironner elle-même sa gloire et de se chanter elle-même ! Qui me dépeindrait plus

    véridiquement ? Je ne sache personne qui me connaisse mieux que moi. Je crois, d'ailleurs,

    montrer en cela plus de modestie que tel docte ou tel grand qui, par perverse pudeur, suborne

    à son profit la flatterie d'un rhéteur ou les inventions d'un poète, et le paye pour entendre de

    lui des louanges, c'est-à-dire de purs mensonges.


    votre commentaire
  •  

    Julien Gracq, Au château d'Argol, Paris, José Corti, 1990

    première édition 1938 chez Corti

     

    "Un matin, où une brume légère qui stagnait sous les arbres annonçait les ardeurs d'une journée

    torride, ils allèrent se baigner dans le golfe dont on voyait du château scintiller les étendues

    liquides et éternellement vides. Une puissante voiture les emporta par des chemins cahotants.

    Un brouillard translucide et doux pesait sur tout ce paysage dont le caractère était apparu la première

    fois à Albert comme si intensément dramatique. Dans l'air entier circuait une fraîcheur salée et

    cinglante, accourue des gouffres de la mer, et chargée d'une odeur enivrante que celle de la terre

    après la pluie : il semblait que chaque parcelle de la peau en épuisât simultanément les profondes

    délices, et, si l'on fermait les yeux, le corps prenait d'un coup pour le sens la forme d'une outre

    entièrement close de chaudes ténèbres, dont eût été perçue partout en même temps la paroi

    vivante et merveilleuse, au contact d'une fraîcheur non plus accidentelle, mais tellurique, et qui

    semblait irradiée par tous les pores de la planère autant que par le soleil son insupportable chaleur.


    votre commentaire
  •  

      

          Julius von Schlosser, Objets de curiosité, Paris, Gallimard, 2002

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

          Première édition en allemand chez Julius Bard, 1922

    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>

    On peut comprendre ce rejet en se penchant plus précisément sur l'œuvre. Il s'agit d'un groupe de trois figures entièrement nues : un jeune couple et une épouvantable vieille se tiennent dos à dos, de telle sorte que le vieille constitue, dans tous les sens du terme, le « revers » des deux jeunes gens. Sculptée avec beaucoup de soin et d'art dans du bois de tilleul, cette petite sculpture présente encore ses couleurs d'origine, peintes sur un enduit de plâtre et conservées dans un état si impeccable qu'on serait bien en peine de trouver ailleurs un si bel exemplaire. C'est une chance inouïe, surtout quand on songe que le XIXe siècle, pourtant tourné vers le passé, fut soumis dans ce domaine à des exigences mal comprises de pureté stylistique et reprit à son compte le préjugé que la « Renaissance » velche avait inoculé au Nord selon laquelle la sculpture « noble » devait être monochrome, comme ces statues antiques sorties toutes blanches des tombeaux où elles avaient perdu les couleurs plus ou moins riches qui les décoraient autrefois.

     


    1 commentaire
  •  

    Robert Walser, La Promenade, Paris, Gallimard, 1987

    Première édition 1967, chez Helmut Kosodo

     

    Un matin, l'envie me prenant de faire une promenade, je mis le chapeau sur la tête et, en courant,

    quittai le cabinet de travail ou de fantasmagorie pour dévaler l'escalier et me précipiter dans la rue.

    Dans l'escalier, je fus croisé par une femme qui avait l'air d'une Espagnole, d'une Péruvienne ou d'une

    créole, et qui affichait quelque majesté pâle et fanée.

    Pour autant que je m'en souvienne, je me trouvai, en débouchant dans la rue vaste et claire, d'une

    humeur aventureuse et romantique qui m'emplit d'aise. Le monde matinal qui s'étalait devant moi

    me parut si beau que j'eus le sentiment de le voir pour la première fois. [...]

    page 9

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique