• Le sein de Tiepolo

     

    Le sein de Tiepolo...
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    Berlusconi demande que les seins du personnage féminin allégorique La Vérité soient recouverts car trop visibles lors des conférences de presse. L'enfant présenté au monde entier lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin a chanté en playback et les feux d'artifices étaient partiellement enregistrés. Deux affaires autour de la manipulation d'images, pouvant paraître anecdotiques au premier regard, mais qui après une courte réflexion s'avèrent extrêmement riches pour l'historien de l'art. Relevant à la fois de questionnements anthropologiques, sociologiques, économiques ou politiques, l'histoire de l'art devrait pouvoir prendre sa place dans les débats qui encerclent ces deux affaires.

    Etre historien de l'art, ce n'est pas seulement être enfermé dans son minuscule sujet d'étude qui n'intéresse que trois personnes en France et environ 10 dans le monde. Ce n'est pas seulement effectuer un travail très précis pour déterminer le catalogue raisonné d'un artiste. Ce n'est pas seulement comprendre les gestes artistiques et les formes qui nous sont données à voir depuis des siècles. Mais l'historien de l'art doit être un des partenaires de la meilleure compréhension du monde « ultra-imagé » dans lequel nous vivons. Il doit avec l'anthropologue et le sociologue se pencher avec ses propres outils d'étude et ses propres méthodologies, sur les usages, manifestations, transformations, manipulations de l'image dans notre société. Son approche d'historien, qui sous-entend une dimension rétrospective et une mise en contexte permanente sera au service d'une mise en perspective des rapports que l'homme entretient avec le médium iconographique qu'il se décline sous la forme de taches dans une cavernes, de sculptures placées dans des parcs, de fresques dans des églises romanes, ou de tableaux de chevalet renaissants, de vidéos contemporaines, d'installations. Toutes ces productions ne peuvent bien entendu pas être étudiées selon les modalités, tant les facteurs qui les opposent sont importants, mais il peu être très riche de les convoquer dans des cadres de réflexion commun pour donner à la recherche sur l'image la plus grande dimension possible, et développer un champ des possibles plus important. Les travaux de l'historien de l'art, même s'ils ne se concentrent que sur les fresques de Tiepolo au Château de Wurtzbourg, devraient trouver une résonnance dans le monde contemporain et devraient nous apparaître comme des pierres essentielles à l'édification de réflexions sur la place de l'image dans nos sociétés.

     

    <o:p> </o:p>       C'est avec une grande stupeur que la sphère médiatique uniformisée a appris le souhait du président du conseil italien (Berlusconi) de faire recouvrir les seins d'une reproduction d'une grande peinture de Giambattista Tiepolo placée en toile de fond de la salle de conférence de presse. Toute la presse qui y est convié fréquemment, est bien entendu tombée sur Le Cavaliere, d'avantage connu pour être le propriétaire des plus grandes chaines de télévision italiennes, et pour avoir fait très régulièrement des passages décomplexés et parfois débauchés sur ses propres chaines, que pour sa droiture et son caractère moral. Pourquoi avoir pris cette décision, qui relève de la commande du pape Paul IV à Daniel da Voltera (Braghettone) pour habiller les nus du Jugement dernier de la chapelle Sixtine. Plus de 450 plus tard on habille de nouveau un nu, mais ce ne sont plus pour des questions religieuses, mais par fausse décence, une manière de se moquer des millions d'italiens qui ont fait confiance en Berlusconi ?

    Le recouvrement est d'autant plus fin qu'il s'agit d'une figure allégorique représentant La Vérité. Par ce geste, Berlusconi ravira les extrémistes catholiques de la Ligue du Nord et les plus conservateurs du pays, tout en faisant une sorte de bras d'honneur à peine déguisé aux électeurs auxquels il dit clairement « je vous cache la vérité ». Cette manipulation de l'image qui peut intéresser l'historien de l'art pour les résonnances historiques qu'elle sous-entend, et pour le jeu de mot « cacher la vérité » qui renvoi lui aussi à la peinture du XVIe siècle qui est ponctuée de jeux de mots humanistes, a en premier lieu des portées politiques. Alors même que Berlusconi détruit la culture italienne en supprimant les crédits publics pour mettre plus de soldats dans les rues et rassurer la population. Alors même qu'il préfère abrutir le peuple en diffusant des émissions d'un niveau intellectuel rasant le plancher. Il ose affirmer de manière décomplexé sa malhonnêteté par le prisme prestigieux des arts et de la culture. Il instrumentalise un des grands symboles de la culture italienne à des fins politiques. Travaille l'image qui appartient à l'histoire pour construire sa propre image. Transgresse les représentations canoniques d'uns figure allégorique, qui depuis plus de 2000 ans a toujours les seins nus, pour soutenir la construction de sa mythologie personnelle qui repose partiellement sur la manipulation de l'image et la désinformation des masses.


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           La jeune pékinoise qui a chanté en playback durant la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin à elle aussi participé à la désinformation de la masse : de plus de 4 milliards de téléspectateurs qui ont regardé la cérémonie. La petite fille qui était sur scène n'a pas chanté, mais elle ne devait prêter que son image durant la diffusion du chant d'une autre enfant. L'affaire dont les journaux chinois n'on pas parlés, fait un petit scandale dans le reste du monde. Ce n'est pas l'affaire en elle-même qui semble grave mais les motivations qui ont poussé les organisateurs à utiliser ce genre de stratagème. Pour le vice-président du comité d'organisation, il s'agissait de présenter au monde « une petite fille parfaite » qui renvoie au monde l'image d'une « Chine parfaite ». Le débat ne se situe pas sur le fait de savoir si la petite est plus belle ou moins belle, mais de savoir si elle répond à l'exigence de perfection. La définition d'un tel concept pourrait d'ailleurs être envisagée sans que nous trouvions une issue rapide. Ce terme de « perfection » nous dérange. D'autant que l'image d'une petite fille doit servir comme objet de projection pour synthétiser la perfection d'un milliard trois cent millions d'individus. Encore une fois, avec cette anecdote que nous pourrions ne pas prendre en considération, tant elle est éphémère dans le temps, nous sommes devant un véritable dilemme par rapport à l'image et à sa diffusion qui rejoint des préoccupations d'historien de l'art.


     <o:p> </o:p>      Ces quelques lignes seront prolongées dans les prochaines semaines avec des textes plus précis qui prolongeront nos réflexions sur l'actualité de l'histoire de l'art et le besoin dans notre société régie par l'image de travailler sur la réception des images avec une perspective historique appuyée par l'anthropologie et la sociologie.
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    [GP] 13-08-08

     


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