• Julien Gracq - Au château d'Argol

     

    Julien Gracq, Au château d'Argol, Paris, José Corti, 1990

    première édition 1938 chez Corti

     

    "Un matin, où une brume légère qui stagnait sous les arbres annonçait les ardeurs d'une journée

    torride, ils allèrent se baigner dans le golfe dont on voyait du château scintiller les étendues

    liquides et éternellement vides. Une puissante voiture les emporta par des chemins cahotants.

    Un brouillard translucide et doux pesait sur tout ce paysage dont le caractère était apparu la première

    fois à Albert comme si intensément dramatique. Dans l'air entier circuait une fraîcheur salée et

    cinglante, accourue des gouffres de la mer, et chargée d'une odeur enivrante que celle de la terre

    après la pluie : il semblait que chaque parcelle de la peau en épuisât simultanément les profondes

    délices, et, si l'on fermait les yeux, le corps prenait d'un coup pour le sens la forme d'une outre

    entièrement close de chaudes ténèbres, dont eût été perçue partout en même temps la paroi

    vivante et merveilleuse, au contact d'une fraîcheur non plus accidentelle, mais tellurique, et qui

    semblait irradiée par tous les pores de la planère autant que par le soleil son insupportable chaleur.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :