• Jeff Koons

     

     

    Jeff Koons à Versailles : merci Aillagon...

     

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    Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture, ancien président du Centre Pompidou et ancien responsable des expositions de la Fondation Pinault installée au Palazzo Grassi de Venise, est un admirateur de l'artiste contemporain Jeff Koons. Après avoir présenté le chien ballon de baudruche en acier poli rose fuchsia devant le palais vénitien, le nouveau président de l'établissement public du château de Versailles souhaite inviter l'artiste tant chéri, à exposer dans les salles de l'ancienne demeure royale au mois de septembre prochain durant Versailles Off. Il s'agirait de poursuivre la politique adoptée depuis quelques années, qui veut que les musées et institutions qui gèrent un patrimoine ancré dans l'histoire, s'ouvre à la création en passant des commandes à des artistes soit pour des œuvres pérennes, soit pour des expositions éphémères. Le principe peut être retenu mais il pose des questions masquées par le discours formaté de la communication officielle.

    On pourrait tout d'abord se demander pourquoi exposer un artiste aussi connu et aussi vendu que Koons ? En quoi l'exposition pourrait-elle lui apporter quelque chose, et en quoi montrer un pot de fleur en forme de chien près du jardin de Versailles peut créer du sens ? Koons est déjà omniprésent dans le monde de l'art. Son travail repose sur une équation de rentabilisation maximale de l'acte artistique : il produit ce qu'il faut produire à un moment donné précis pour répondre à une demande particulière et spécifique. Des milliardaires qui ne savent pas comment claquer leur argent et qui veulent investir dans une valeur certaine en montrant qu'ils encouragent la création (attitude très noble...), un public parfaitement en adéquation avec des propositions artistiques redondantes et reproduites indéfiniment, tant que la demande imbécile sollicite l'offre...

    Pourquoi donc une institution publique qui a déjà des difficultés à entretenir comme il le faudrait le magnifique site de Versailles, devrait dépenser de l'argent de manière inconsidérée pour offrir un sacre aussi important que celui du roi soleil, à un artiste qui ne produit des œuvres que pour les vendre au plus offrant faisant fonctionner la loi de l'offre et de la demande ? Personne ne pose cette question, tout le monde suit... On parle même de commander à Buren un plafond dans les murs de Versailles. Quelle originalité, quelle audace ? Nous nous demandons vraiment qui sont les conseillers incultes qui prennent ces décisions. Certainement des hauts fonctionnaires passés par l'ENA et rémunérés 5000 euros par mois...

    Par ailleurs, on nous a beaucoup parlé de la galerie des glaces restaurée par le généreux Vinci, il fallait bien lui assurer une campagne de promotion défiscalisée... Mais on parle beaucoup moins des dizaines de sculptures, fontaines, bosquets, qui sont largement détériorés et qui ne bénéficient pas de l'entretien qu'ils méritent. Comme à la télévision le regard est braqué sur quelques domaines tape à l'œil soutenus par les amis du pouvoir en laissant entendre que ce regard est représentatif d'une globalité et qu'il est la réalité, alors même que personne ne se préoccupe de la perte d'une part importante du patrimoine, très loin de la galerie spéculaire, au bout du canal et du parc. Pourquoi donc dépenser pour Koons, alors que les missions premières ne sont pas assumées par l'Etat. Ne nous disons pas encore que l'Etat n'a pas de moyens, que les caisses sont vides, car il n'y a jamais eu autant d'argent en France qu'aujourd'hui. Le problème est de savoir comment on répartit collectivement ces richesses...

    Enfin pourquoi ne pas avoir fait appel à des artistes émergeants ou plus confidentiels pour mettre en place un projet art contemporain à Versailles ? Des artistes ayant des regards beaucoup plus fins sur le patrimoine auraient pu donner un regard contemporain plus juste et moins ostentatoire. Mais n'oublions pas que cet évènement sera certainement partiellement soutenu par un « faux mécène » qui ne donne pas d'argent sans le plan de communication de grande ampleur qui suit et qui ne peut être mis en place que pour une star de l'art contemporain...

    Après avoir mis en péril le Centre Pompidou en conseillant à François Pinault de se désengager financièrement de l'institution autour de 2000 (exposition annulée et reportée de ce fait), pour mieux développer son projet avorté sur l'île Seguin, nous espérons que JJ Aillagon ne va pas enterrer Versailles soit en le transformant en parc d'attraction, soit en le privatisant... Rappelons tout de même que la belle démocratie française est la seule à voir se développer des nominations à peine croyable. Christine Albanel était présidente de Versailles nommée par le ministre Aillagon. Elle devient ministre à son tour, et place Aillagon à son ancien poste versaillais... Le jeu des chaises musicales...

     

     

    Gwilherm Perthuis

     

    Voir l'article de Libération du jeudi 6 mars 2008, de Vincent Noce

    http://www.liberation.fr/culture/313927.FR.php


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