• Blanchot

     

    Maurice Blanchot, L'espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955 (édition poche Folio, page 344)

     

    L'image, la dépouille.

     

    L'image, à première vue, ne ressemble pas au cadavre, mais il se pourrait que l'étrangeté cadavérique fût aussi celle de l'image. Ce qu'on appelle dépouille mortelle échappe aux catégories communes : quelque chose est la devant nous, qui n'est ni le vivant en personne, ni une réalité quelconque, ni le même que celui qui était en vie, ni un autre, ni autre chose. Ce qui est là, dans le calme absolu de ce qui a trouvé son lieu, ne réalise pourtant pas la vérité d'être pleinement ici. La mort suspend la relation avec le lieu, bien que la mort s'y appuie pesamment comme à la seule base qui lui reste. Justement, cette base manque, le lieu est en défaut, le cadavre n'est pas à sa place. Où est-il ? Il n'est pas ici et pourtant il n'est pas ailleurs ; nulle part ? mais c'est qu'alors nulle part est ici. La présence cadavérique établit un rapport entre ici et nulle part. D'abord, dans la chambre mortuaire et sur le lit funèbre, le repos qu'il faut préserver montre combien est fragile la position par excellence. Ici est le cadavre, mais ici à son tour devient cadavre : "ici-bas", absolument parlant, san qu'aucun "là-haut" ne s'exhalte encore. Le lieu où l'on meurt n'est pas un lieu quelconque. On ne transporte pas volontiers cette dépouille d'un endroit à un autre : le mort accapare sa place jalousement et il s'unit à elle jusqu'au fond, de telle sorte que l'indifference de cette place, le fait qu'elle est pourtant une place quelconque, devient la profondeur de sa présence comme mort, devient le support de l'indifférence, l'intimité béante d'un nulle part  sans différence, qu'on doit cependant situer ici.


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