• Beckett

     

    De sa couche elle voit se lever Vénus. Encore. De sa couche par temps clair elle voit se lever Vénus suivie d'un soleil. Elle en veut alors au principe de toute vie. Encore. Le soir par temps clair elle jouit de sa revanche. A Vénus. Devant l'autre fenêtre. Assise raide sur sa vieille chaise elle guette la radieuse. Sa vieille chaise en sapin à barreaux et sans bras. Elle émerge des derniers rayons et de plus en plus brillante décline et s'abîme à son tour. Vénus. Encore. Droite et raide elle reste là dans l'ombre croissante. Tout de noir vêtue. Garder la pose est plus fort qu'elle. Se dirigeant debout vers un point précis souvent elle se fige. Pour ne pouvoir repartir que longtemps après. Sans plus savoir ni où ni pour quel motif. A genoux surtout elle a du mal à ne pas le rester pour toujours. Les mains posées l'une sur l'autre sur un appui quelconque. Tel le pied de son lit. Et sur elles sa tête. la voilà donc comme changée en pierre face à la nuit. Seuls tranchent sur le noir le blanc des cheveux et celui un peu bleuté du visage et des mains. Pour un oeil n'ayant pas besoin de lumière pour voir. Tout cela au présent. Comme si elle avait le malheur d'être encore en vie.

     

    Samuel Beckett, Mal vu mal dit, Paris, Minuit, 1981, p. 7


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